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FRIZ HABER, un esprit en guerre

Publié le 10 Septembre 2014 par Roland Forrer

Le 22 avril 1915, dans la région d’Ypres, le vent porte un nuage jaunâtre et verdâtre vers les tranchées françaises. Brûlés à la gorge et aux poumons, les soldats se replient laissant 5 000 morts sur le terrain et le front dégarni sur une largeur de 8 kilomètres… Ce nuage à forte odeur de moutarde provoque aussi de terribles lésions respiratoires ou cutanées chez 15 000 autres victimes. Surpris par cette débandade, les Allemands ne profiteront cependant pas de l’avantage pour s’engouffrer dans la brèche. L’arme la plus répugnante venait d’être testée avec succès : le gaz de combat, plus précisément 180 000 kilogrammes de chlore ce jour-là. On appellera ce gaz « ypérite » (du nom « Ieper », Ypres). Le déploiement de l’arme chimique se répètera sur l’autre front contre l’armée russe où il fera 6000 morts et 20 000 gazés le 1er septembre dans la région de Riga. En dépit des conventions internationales de La Haye (1899), la guerre prenait un caractère nouveau car, en réponse aux Allemands, les Alliés entreprendront à leur tour de recourir à des armes toxiques toujours plus sophistiquées. L’initiateur de l’attaque au gaz à Ypres était le directeur de l’institut Kaiser-Wilhelm de physique et chimie de Berlin. Dès les premiers jours du conflit, ce savant avait spontanément offert ses services au ministère de la guerre et obtenu de plantureux subsides pour travailler sur des armes chimiques nouvelles. Au printemps 1915, il supervise lui-même la première attaque au chlore sur le front de l’Yser. Coïncidence ? Sa femme Clara Immerwahr, chimiste comme son mari, se suicide peu de temps après, de dégoût et de honte dit-on. En 1918, craignant d’être jugé comme criminel de guerre, le zélé promoteur de la guerre des gaz préfère s’éclipser discrètement en Suisse. Le nom de ce triste personnage ? Fritz Jacob Haber, un juif né à Breslau en 1868, qui durant toute sa vie tentera de s’affirmer plus prussien que les Prussiens. Il se convertira même au protestantisme pour masquer ses origines. Complicité corporatiste ? Après la guerre, des scientifiques réussissent à gommer le nom de Haber de la liste des criminels. En 1919, le savant juif (qui est un ami d’Einstein) reçoit le Prix Nobel de chimie pour sa synthèse sur l’ammoniac, mais la cérémonie est largement boycottée par ceux qui se souviennent de son rôle durant la guerre. Haber revient en Allemagne où un ancien soldat autrefois gazé en Flandre arrive au pouvoir en 1933 : l’ex-caporal Adolf Hitler. Fritz Haber juge prudent de s’éloigner et s’exile en France. Chaïm Weizmann, futur président d’Israël, lui propose alors le poste de recteur de l’Université de Jérusalem. Mais Haber meurt à Bâle en 1934, sans avoir eu le temps de répondre à cette proposition. L’université hébraïque de Jérusalem possède néanmoins aujourd’hui un « Fritz Haber Research Center for molecular dynamics ». Étrange hommage lorsque l’on sait que ce Haber était aussi l’inventeur du gaz « Zyklon B » utilisé plus tard dans les camps de concentration… Ce destin kafkaïen, David Vandermeulen le retrace depuis 2003 dans une série d’albums BD dont les quatre premiers tomes ont paru chez Delcourt. L’illustrateur a compulsé de nombreux témoignages et s’est donné 2O ans pour écrire cette biographie de Fritz Haber ; un choix de ses aquarelles en sépia (200 originaux travaillés au lavis) est actuellement exposé à Mons, à côté de documents photographiques et d’objets en rapport avec le sujet. « Une telle exposition risque de marquer les esprits » lit-on dans l’introduction du catalogue de l’exposition. C’est peu dire… !

Expo Fritz Haber, un esprit en guerre Jusqu’au 16 novembre 2014 à Mons

Du mardi au dimanche de 12h à 18h Salle Saint-Georges, Grand’ Place (à côté de l’hôtel de ville)

Entrée : 2 euros

Conférence David Vandermeulen, dessinateur de « Fritz Haber » donnera une conférence le jeudi 25 septembre à 19h.

FRIZ HABER, un esprit en guerre
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